Ivry a sauvé Paris

A la vie, à la mort. Ivry et Istres composaient ce soir l’affiche la plus alléchante, c’est celle qui s’est avérée finalement être la plus cruelle. Ivry arrache en effet le match nul (26-26) lors des ultimes secondes de la rencontre, provoquant ainsi – par pure volonté de faire plaisir à son public – la chute du club istréen en ProD2 l’an prochain. Récit d’un match aux rebondissements nombreux et dont on ne peut, comme souvent dans le sport, imaginer une fin plus incroyable.

Ivry courageux face à Istres crispé

La première période a démarré relativement doucement, la tension visible, qui essaie de se transformer malgré tout en énergie positive dans les deux camps, ne parvient pas à se sublimer. Les deux pénalités de deux minutes concédées par Istres par Balomenos et Aguilar symbolisent cet état de nerfs palpable.

Du coup, les deux défenses étant très dures, les exploits individuels et les contres sont de mises. Dans le premier registre Sebastian Simonet s’est parfaitement illustré avec trois buts, à chaque fois spectaculaire, notamment sur le premier but où tout seul, au demi-centre, il a réussi à se faufiler jusqu’aux 6m pour lancer le match. Des contres efficaces, comme a su en réaliser Jérémy Darras, auteur d’une superbe première période avec 4 buts inspirés, magnifiquement réalisés, et plein d’enthousiasme. Une passion qui a su donner la fougue à son équipe et à son gardien François-Xavier Chapon, auteur de 9 arrêts en première mi-temps.

De son côté, Istres était certes dur en défense mais a dû souvent s’en remettre en attaque à la fougue d’Armand Gomis, auteur d’une mi-temps remarquable (4 buts), ainsi que sur Maxime Derbier qui par sa technique incroyable a marqué 3 buts (6 buts en tout). Istres à est à ce moment là malgré tout insuffisant en attaque placée ; à cause d’un grand gardien en face certes, mais aussi par manque d’inspiration aux shoots aux 9m.

Une première mi-temps qui terminait assez mal pour Istres, et le temps-mort de Chrisophe Mazel à la 28ème n’y fera rien, F-X Chapon réalise successivement 2 arrêts et permet à son équipe de s’éloigner au score. L’USI réussit en effet à marquer sur toutes les attaques suivantes, ce qui porte son avance à la mi-temps de 3 buts (14-11).

Istres revient très fort, sonnant le début du bal d’Ivry

En seconde période, le jeu istréen en attaque retrouve de la fluidité, même si l’efficacité reste à revoir au départ. C’était sans compter la force de leur capitaine Raphaël Tourraton, qui au delà de conclure par exemple une très belle action collective, réussit à redonner confiance et le moral à son équipe qui devient alors très difficile à gérer pour la défense d’Ivry. Des mouvements très efficaces se succèdent et c’est tout le jeu istréen en attaque qui s’emballe.

A 19-18 pour Istres, Pascal Léandri demande un temps-mort pour donner des consignes tactiques, en attaque probablement, les difficultés dans ce domaine semblant même agacer les joueurs sur le banc qui discutent ou plutôt s’invectivent beaucoup.

La bonne complicité – souhaitée sur le terrain – entre Indjic et Dominikovic parvient à bouleverser une défense habituée depuis le début de la rencontre à subir les mêmes comparses face à eux. Smajilagic redonne l’avantage au score à la 19ème minute, sur un contre où Yann Genty était sorti de ses cages, et réitère même une action similaire juste après, faisant alors exulter le public ivryen en cette fin de rencontre.

Temps-mort demandé par Christophe Mazel. Istres est visiblement troublé par ces deux buts assassins à 10 minutes de la rencontre et probablement par une vision d’une possible descente en ProD2. Une égalisation de Tourraton (3 buts) et un pénalty raté de Dominikovic plus tard, et c’est comme si Istres avait déjà resorti la tête de l’eau.

Istres a encore la lucidité pour construire des actions remarquables, conclues bien souvent par son capitaine, Boultif (5 buts) et Derbier. 24ème minute, Istres reprend l’avantage au score. Ivry ne lâche rien malgré tout, une passe dans le dos de Sulc pour Darras, où ce dernier vient glisser la balle entre les jambes de Genty et l’ambiance repart de plus belle à Delaune. Istres ne lâche pas le morceau pour autant et continue de plus belle en attaque. Le doute envahit alors de plus en plus sérieusement Ivry, qui doit faire encore plus pour espérer accrocher le match nul.

Nouveau changement de tactique du côté d’Ivry, Simonet reprend le poste de demi-centre et Domnikovic se décale sur le poste d’arrière gauche. 25 à 23, Pascal Léandri, inquiet, demande un temps-mort. La même équipe type qu’en début de match pour le money-time est alignée par le technicien du Val-de-Marne : Staigre et Bataille réintègrent les rangs et marquent d’emblée un nouveau but qui les rapproche à une seule longueur d’Istres.

Après une perte de balle en attaque à cause d’une passe trop longue en direction de Jérémy Darras, c’est Istres qui obtient la balle de match. Toutefois, c’était sans compter l’arrêt de François-Xavier Chapon (16 arrêts en tout). C’est alors que Yann Genty en face (13 arrêts) fit de même sur un tir de Radek Horak. Istres possède donc encore une fois la balle du match, une nouvelle occasion de rester en première division. Mais la mise en place tactique décidée lors du temps-mort du coach istréen n’a pu empêcher cette interception pleine de malice lors de cette ultime attaque. Sulc se présente alors seul face au but mais la défense le rattrape et provoque alors un pénalty, presque inévitable à un tel moment.

Sebastian Somonet s’en charge. S’il marque, il condamne Istres. Un pénalty donc lourd de conséquences, que Lorenzelli (qui avait arrêté 2 pénaltys déjà) ne réussit finalement pas à stopper avant la ligne fatidique. Un tir au but qui s’avère fatal pour le maintien du club sudiste. Le gong retentit, sonnant le match nul 26 à 26. Alors que les Ivryens exultent et savourent le match nul acquis au forceps, le capitaine istréen est en pleurs près de son banc, Balomenos reste pantois sur le terrain, tout comme leur coach Christophe Mazel. C’est comme s’il était impossible encore de réaliser ce sort terrible pour une équipe qui a largement dominé la seconde période, mais pour qui la force, le courage, et ce mental hors-norme, n’auront pas suffi à créer tous les miracles.

La défaite de Paris en parallèle n’aurait pas propulsé Ivry en seconde division ce soir, un point leur suffisait pour assurer leur maintien ; mission accomplie donc, aux dépens du club d’Istres bien malheureux ce soir, ne serait-ce que sur un plan purement sportif.
Le sport est bien souvent cruel, mais l’histoire retiendra ce soir que c’est bien lui qui a gagné ce soir. En effet Ivry n’a pas lâché le match et a tout fait pour satisfaire une dernière fois son public après une saison bien ô combien compliquée. Ainsi soit-il, l’Île-de-France fête son maintien, et le Sud pleure ses déchus…