Édito : Pas d’équipe, pas de « Victoire »

Quelle débâcle de nos bleus footballeurs. Que ce sport pourtant si intéressant, beau et addictif est entaché dans dans notre société, sur notre territoire, par des comportements aussi détestables. Loin de vouloir analyser de fond en comble les raisons de cet énième naufrage depuis la finale de 2006 et un certain coup de tête – ce qui n’aurait pas sa place sur Handball.fr -, le parallèle des genres et des sports entre le football et le handball est de nature à donner des enseignements à tous les sports collectifs qui aborderont les Jeux Olympiques cet été, avec en tête d’affiche nos handballeurs adulés.

 

« Tu fermes ta gueule ! » scanda-t-il du haut de sa petite performance, comme si le relatif exploit réalisé était suffisant à faire de son équipe un collectif capable d’en accomplir d’autres. Le tenant de tels propos, fort de tout son ego largement boursoufflé, a oublié à ce moment là de fêter ce bel exercice avec ses partenaires. Dès cet instant, le signe d’un malaise collectif – déjà arrivé ou à venir – était déjà largement envisageable, et ce malgré l’espérance nationale naturelle et les optimismes relatifs aux talents individuels, laissant alors le mirage d’un exploit en point de mire, à tort donc. A ce moment là, on pouvait dès lors imaginer que les Bleus ne pourraient remporter cette compétition.

Quel bel exemple à ne pas reproduire pour les diverses équipes de France, du basket au handball, du waterpolo jusqu’au volley-ball. Ce qui a fait la grandeur des équipes de France en handball (et même du football en 1998-2000) s’explique en deux points : tout d’abord par une formation sportive et surtout humaine de grande qualité, le tout avec en guise de conclusion du processus : une sélection de talents individuels intelligente.

Pas d’exploit sans intelligence

L’intelligence sportive ne se calcule et ne se décerne pas par la capacité de tel joueur à être bon en sciences, en philosophie, ou encore à être bac+5 en parallèle à l’exercice de son sport. Même si une éventuelle poursuite d’études universitaires peut constituer un plus non négligeable dans la perspective d’évolution d’une carrière sportive, du point de vue de la prise de recul sur la pratique ou encore sur l’épanouissement personnel nécessaire à la bonne performance sur un terrain de sport, l’intelligence dite « sportive » est la capacité d’un joueur à être bon sur divers points essentiels aux exploits sportifs et aux réussites lors de compétitions internationales : l’intelligence dans le jeu, la capacité à rester lucide en toutes circonstances, et surtout la conscience de l’impérieuse nécessité d’existence dudit « esprit collectif » qui résulte de la pratique d’un tel sport. Un terme qui est rabâché sans cesse certes, mais il est indéniable que l’essence même d’un sport collectif est cette capacité à se donner pour l’autre, donc pour son équipe ; une telle  offrande de soi qui ne peut être que l’unique résultat de la construction d’un esprit de compétiteur, pouvant alors être issu de l’amour du maillot, voire très largement de son pays, ou bien le cas échéant d’une formation prompte à remplir ce rôle indispensable.

On dit souvent à tort que les bleus – entendez là du football – n’aiment pas leur maillot ou leur pays. C’est sans doute faux pour l’intégralité des joueurs de l’équipe de France de football ainsi que de tous les autres sports. Celui qui accepte de porter le maillot sait la responsabilité de représentativité qui pèse sur ses épaules. Ce qui manque à de tels « joueurs » c’est de ne pas savoir se transformer en « compétiteur », en hommes prêts à se donner à 110% pour leurs partenaires, dans le but d’un certain accomplissement d’un projet collectif dicté en amont. La Marseillaise, le maillot bleu, peuvent alors constituer un moteur permettant la transcendance en plus, le petit coup de pouce, le symbole qui peut accomplir positivement l’ensemble de ces sentiments : libre aux joueurs de s’en inspirer en finalité.

 

La stratégie des « meilleurs à tout prix» ne fait pas toujours les grandes équipes

On observe alors toute l’intelligence de l’élaboration des précédents succès du handball français. Avant de construire un effectif à l’aspect reluisant et considéré comme « le meilleur sur le papier », il faut s’atteler à construire une équipe : un effectif qui possède un projet collectif soudé, où les divers caractères se complètent, s’intègrent mutuellement et où le don de soi et de ses capacités individuelles est la pièce maîtresse dans l’élaboration du fond de jeu, sans avoir pour uniqueme motivation l’objet de faire taire un éventuel détracteur.

J.O. 2008, Mondial 2009, Euro 2010, Mondial 2011 : c’est ce projet collectif défini clairement, responsabilisant tous les ego – aussi maigres ou grands soient-ils – qui a permis à l’équipe de France de garder cette motivation et cette faim de victoire incroyable, avec comme point de satiété l’Euro 2012, tout comme l’a été le mondial 2002 en football.  Prenons comme exemple le fait de garder Daouda Karaboué au sein du groupe France, qui même s’il est auteur de moindres performances que l’un de ses homologues français, permet au groupe de conserver cet état d’esprit collectif inébranlable, ce qui fut démontré à maintes reprises.

La chance du handball est d’avoir pu construire un tel collectif, aux soudures quasi indestructibles pendant 3 ans, avec les meilleurs joueurs du monde à chaque poste. Une opportunité qui a pu se construire grâce à une formation qui fait partie des meilleures au monde et aux générations qui savent se renouveler et se succéder en bonne intelligence.

La formation sportive : tant dans la tête que dans les jambes

Le handball est un sport qui sait, du moment de sa formation juvénile jusqu’au monde du professionnalisme, préserver l’inculcation de valeurs sportives, de générosité, de don de soi pour le reste du groupe. La nécessité pour les joueurs en formation de s’assurer une vie professionnelle après le sport, que ce soit pour le handball ou pour tant d’autres sports, offre à cette formation sportive et d’athlète l’assurance que le joueur gardera dans des années cruciales de développement intellectuel et personnel un certain pied à terre, une lucidité qui limitera potentiellement le gonflement de l’ego, ou pourrait-on dire des chevilles plus familièrement.

L’échec français à l’Euro de football est partiel au niveau de l’équipe, tous ne sont pas responsables de ce trouble. Certains se sont ressaisis depuis 2010 et d’autres ont malheureusement confirmé les déboires de la formation française. Toutefois – et c’est ce avec quoi le football français doit repartir - : des joueurs ont constitué de beaux contre-exemples de combativité et ont prouvé que la France peut-elle aussi posséder un certain « fighting-spirit » : l’existence d’un trait de caractère du sport tricolore que l’équipe de France de Handball n’a eu de cesse de prouver ces dernières années, dans l’indifférence pour beaucoup aujourd’hui apparemment, toutes les critiques du sport français se cristallisant sur les résultats du football français masculin. Cette combativité ne peut-être ressentie et traduite sur un terrain que lorsque l’athlète sait pourquoi il fait ce métier : lorsqu’il est motivé par des intentions purement sportives et non des ambitions égoïstes, d’où l’intérêt de l’élaboration d’un projet collectif clair, précis et discipliné si besoin est. C’est un chantier complexe auquel doit s’adapter le football français qui, malgré les moyens entrepris, a vu son beau projet ruiné par seulement quelques joueurs issus d’une formation qui a manqué d’un élément indispensable durant de trop nombreuses années. En effet, cet esprit combatif est parfois inné, pour d’autres il doit être enseigné.

 

Les Bleu(e)s sont aujourd’hui en pleine préparation pour les Jeux Olympiques, l’étendu de leur talent est apprécié et déjà largement reconnu dans le monde entier. Que ceux-ci sachent encore profiter encore une fois de l’esprit du handball et de l’excellente formation française qui a su s’adapter parfaitement à son sport : en formant à la fois des athlètes et surtout des individus équilibrés. La FFHB voit parfaitement aujourd’hui dans quels travers elle ne doit absolument pas tomber. A bon entendeur…